Ce fut très bouleversant d’entendre l’histoire d’Agga, de sa propre voix, avec sa chaleur, ses émotions, ses sourires et ses éclats de rire en dépit de l’horreur de certains épisodes, et puis ses aspirations surtout et ses rêves. Chaque ponctuation de sa vie dans un endroit différent de New-York : coffee-shop de Times Square, face à la statue de la liberté (quel autre endroit pour dire « son goût viscéral de la liberté ?»), dans le très branché « River café », face aux mille feux de Manhattan celui de « NYPD bleue » ou des « experts Manhattan », dans le métro ou dans Hyde park ? Et surtout dans le contexte de l’ouragan Irène….Quelle émotion ainsi de retrouver son histoire sous la plume de Maggie Lemere et Zoé West dans le livre qui vient de paraître en Thaïlande : « NOWHERE TO BE HOME »
A Time Square, apres le passage d'Irene !
J'en traduis quelques extraits avec son accord pour ceux qui n’auraient pas lu « histoire d’un moine » sur mon blog en août dernier.
Agga a participé à la révolution Safran de 2007 en Birmanie une démonstration menée par moines et étudiants contre l’oppression de la junte militaire au pouvoir.
« La première fois que j’ai participé à une manifestation, j’avais 6 ans. Presque tout le pays était alors dans la rue, même dans les plus petits villages. J’étais avec d’autres enfants de mon village et j’ai vu passer des étudiants et des adultes tenant le portrait d’Aung San Suu Kyi avec un chapeau de fermier sur la tete. Nous avons essayé de comprendre qui elle était et surtout le sens des slogans qui étaient scandés par tous. Des étudiants nous expliquèrent qu’elle était la fille du General Aung San, le père de l’indépendance birmane. Ces marches de protestations avaient commencé tout de suite après que le gouvernement eut changé la monnaie. » (Du jour au lendemain, et suivant les conseils d’astrologues, tous les billets furent changés pour ne comporter que des nombres multiples de 9. L’argent d'u coup, ne valait plus rien). « Mes frères plus âgés – 18 et 25 ans – montèrent sur un camion pour joindre la démonstration dans la petite ville de Kyaukpadaung proche de mon village. Des leaders étaient venus jusqu'à notre village pour embarquer les villageois dans la protestation. Mes frères m’empêchèrent de monter à bord, alors je les laissais partir et montais dans le camion suivant à l’insu de mes parents.
Aujourd'hui dans le village d'Agga : travaux forces ou volontaires ?
« Je marchais avec des étudiants de l’université et des écoles mais aussi de simples civils. Toutes sortes de gens. J’étais tellement heureux, c’était si amusant. J’étais heureux de voir tant de monde marchant dans le même esprit. A cette époque je ne connaissais pas le sens du mot « démocratie » mais je connaissais déjà la brutalité de la dictature militaire ».
« Il y eut beaucoup de tués dans les villes, à Rangoon et Mandalay. L’armée tira sur le peuple. Des milliers de personnes furent massacrées au cours de ce soulèvement de 1988. Peu de gens le furent dans mon village. Lorsque l’armée commença à tirer, nous courûmes nous mettre à l’abri et des gens m’accueillirent dans leur maison. J’ai eu très peur. Il n’y a pas de justice ou de liberté dans mon pays, j’étais jeune mais je savais que la junte gouvernait avec brutalité. J’ai vu les militaires obliger les gens de mon village à construire des routes (travail forcé). S’ils ne pouvaient se plier aux travaux forcés, ils devaient payer. J’écoutais les discours des étudiants dans le monastère, ils y expliquaient la brutalité du régime et l’oppression sur notre peuple Ils nous expliquèrent les droits de l’homme et les élections. C’est plus tard, en écoutant le récit de ces élections de 1990 que j’ai réellement commencé à m’intéresser à la politique ». (Agga avait alors 8 ans)
Suite demain...


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